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 L’abnégation est à la mode.

Après s’être mis à courir des marathons, ne plus manger ni viande, ni gluten, ni laitage, se forcer à marcher tout le temps sous l’œil inquisiteur d’un bracelet mesurant tout, la nouvelle tendance en matière d’aliénation consentie consiste à se lever super tôt.

A force de voir mon fil d’actualité Facebook se transformer en ode à l’effort, j’ai décidé, cette fois-ci, de ne pas passer à coté d’un nouveau mouvement censé faire de moi une meilleure personne.

L’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt

Tout commence avec un livre : The Miracle Morning. Ce bouquin d’une grosse centaine de pages écrit par Hal Elrod (un américain, forcément) explique comment votre vie va changer si vous vous levez à 5h30 du matin…

L’idée ? Profiter d’1h à 2h le matin pour prendre soin de vous, se fixer quelques objectifs et démarrer la journée dans les meilleures conditions. Afin d’y arriver, l’auteur propose une routine matinale basée sur 6 activités : la méditation, l’affirmation, la visualisation, l’écriture, la lecture et le sport.

Motivé comme jamais, j’achète le livre, le lit en moins de 1h30 et décide dès le lendemain d’appliquer la fameuse méthode qui me permettra de m »‘offrir un supplément de vie ».

Jour 1 : raté

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Je me lève à 8h30. Je n’ai même pas entendu mon réveil pourtant bien programmée à 5h30. Quelqu’un ou mon inconscient s’est levé à ma place pour l’éteindre.

Il faut dire que je n’avais pas mis toutes les chances de mon coté. J’avais mangé tard, répondu à quelques mails, zoné sur Snapchat et lu un bouquin pour finir par m’endormir vers 1h du matin.

Du coup, le soir, je me force à me coucher tôt. Vers 22h30 je suis dans mon lit, mais je suis tellement peu habitué à être sous mes draps à cette heure là, que je ne m’endors pas avant 23h30.

Jour 2 : c’est parti, mon kiki

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Cette fois, c’est la bonne ! J’ai bien entendu mon réveil et, dans un effort surhumain, ai réussi à m’extirper de mon lit. J’attaque par la première activité : la méditation.

J’ai déjà pratiqué la méditation, notamment grâce à la géniale appli Headspace, mais forcer son esprit à se mettre dans cet état de sérénité quand on est encore un peu dans les vapes de la nuit n’est pas évident. J’essaye de trouver un équilibre entre ne penser à rien et rester éveillé. J’ai mal à la tête au bout de 2 minutes.

Je me décide de me mettre à la deuxième activité : l’affirmation. Le but est de proclamer haut et fort (ou a voix basse pour pas réveiller toute la maison) des mantras censés vous guider vers la voie de l’amélioration. J’aurais dû y réfléchir un peu avant, car à l’heure où le soleil n’a pas encore dépassé les toits des immeubles, mon cerveau reste incapable de trouver un objectif de vie sur lequel fixer son énergie. Du coup, j’opte pour un truc très banal. Je me mets à arpenter mon salon à grandes enjambées en proclamant « Aujourd’hui, je vais passer une bonne journée ». J’ai l’air con, mais c’est plutôt efficace. Il est maintenant 5h45 et je n’ai plus du tout envie de me recoucher.

Je passe ensuite à la visualisation, la suite logique de l’affirmation. Hal Elrod recommande d’imaginer ce que sera notre vie une fois notre objectif atteint. Comme mon objectif est de passer une bonne journée, l’exercice me semble un peu stupide. Je m’imagine rentrant chez moi, mon amoureuse me demande si j’ai passé une bonne journée. Je réponds oui… Ce n’est pas très folichon.

Il est 6h passé, j’ai très envie de prendre un café, mais je me force à m’attaquer à la tâche suivante : l’écriture. Ca tombe bien j’adore ça. Je commence à faire des listes, c’est ma grande passion. Je liste les choses qui pourraient contribuer à faire de cette journée une bonne journée. Je liste les trucs que je dois absolument faire dans les prochains heures. Je liste les attentions que je pourrais prévoir pour faire plaisir à mes proches, je liste aussi les trucs à acheter en rentrant du boulot (le frigo est vide).

Après avoir griffonné 4 pages de mon cahier, je passe à la lecture. La méthode Miracle Morning est assez vague sur le sujet : vous pouvez lire ce que vous voulez. Un roman, un magazine, un ouvrage scientifique ou le dernier livre à la mode en matière de développement personnel. Du coup j’attrape le premier ouvrage qui traîne sur la table du salon : un Piscou Géant. Je passe 20 minutes absolument délicieuses (merci de ne pas me juger).

J’enchaine enfin avec la sixième et dernière activité, celle qui me terrorise le plus : le sport. Comme il fait froid, que j’ai faim et que la vue de mes baskets fait trembler mes muscles, j’opte pour 7 minutes de mouvements physiques pratiqués de façon intense (c’est issu d’une autre méthode à la con : les 7 minutes workout).

Ca y’est, j’ai fini ma routine. Je peux attaquer ma journée. Je suis en sueur mais heureux d’avoir réussi cette première journée. Je file prendre une douche, ingurgite un petit déjeuner copieux et avale 8 cafés dans la journée. Je me couche à 22h à bout de force et m’endors aussi tôt.

Jour 3 : un vrai objectif

Je me lève un peu plus facilement que la veille. J’ai même trouvé un vrai objectif : arriver à concilier ma vie d’entrepreneur et ma vie de famille tout en ayant du temps pour moi. Après avoir crié mon objectif suffisamment fort pour réveiller mes voisins, je me mets à imaginer le truc : je me vois bien bosser 2 jours sur mes projets pro, passer 1 jour pour mes proches, avoir 1 jour rien que pour moi et 1 jour pour une activité. Tout en gardant le week-end pour les proches et les voyages.

A la fin de ma routine, je suis au taquet. J’ai l’impression que rien n’est impossible et que des flammes géantes de positive attitude jaillisse de mon corps.

Jour 4 : Miracle !

C’est au bout du 4ème jour que le vrai miracle se produit : je suis allé courir. Je suis tellement content que je l’annonce à toutes les personnes que je croise. Et j’en ai croisé un paquet car je suis resté quasiment toute la journée devant la machine à café.

Jour 5 : adieu apéro

Deuxième miracle de la semaine : je refuse un apéro. UN APERO ! Il faut dire que je ne tiens plus la distance et que depuis 3 jours j’ai besoin d’être chez moi dès 20h sinon je m’écroule les bras tremblants et le coeur rendu fébrile par les hectolitres de café avalés. Dans son bouquin, Hal Elrod donne bien quelques astuces pour dormir moins et mieux, mais je n’y peux rien, j’ai besoin de mes 8h de sommeil.

Jour 6 : lassitude

Ce matin, le réveil est difficile, je gratte du rab pour sortir du lit à 6h. Je fais ma routine sans aucune motivation. Mon objectif me parait complètement con. Ma vie me semble très bien comme elle est pourquoi se torturer ainsi ?

Je passe la journée avec un sentiment bizarre. Certes ce miracle morning est assez bénéfique et permet de commencer la journée d’une bonne façon, mais j’ai l’impression qu’il est également nefaste et me coûte beaucoup. C’est une histoire de vases communicant, comme si l’énergie puisée dans cette routine l’était au détriment d’autre chose. Je m’endors sur ce constat contradictoire et passe une très mauvaise nuit.

Jour 7 : et si…

Je me réveille à 9h. Un bel acte manqué : je n’avais même pas pensé à mettre mon réveil. Je suis de très bonne humeur. Si l’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt, la nuit porte également conseil et j’ai trouvé ce qui coinçait avec ce Miracle Morning. En mettant en place une routine matinale, j’ai du dire adieu à mon rituel du soir. Je n’avais même pas conscience que j’avais déjà une routine avant de commencer la méthode Miracle Morning et encore moins à quelle point elle était importante pour moi.

Le soir j’aime aller prendre un verre avec des amis, puis rentrer chez moi et passer quelques temps à préparer ma journée du lendemain. S’il n’est pas trop tard, je bouquine ou j’écoute de la musique en essayant de mettre mes idées au clair.

Au final, même si cette semaine de Miracle Morning aura été un fiasco total, elle m’aura appris une chose importante : l’essentiel n’est pas de se lever tôt mais de garder un temps calme dans la journée pour penser à soi et faire le point sur sa journée, sa semaine ou sa vie.

En fait, je pratiquais le Miracle Evening depuis des années, sans même le savoir !

Mon conseil, suite à cette expérience serait donc le suivant : ne suivez pas à la lettre les méthodes parfois un peu débiles des gourous du développement personnel. Trouvez vous-même les activités qui vous motivent et vous permettent d’avancer et caser les aux moments de la journée qui vous paraissent les plus propices (le matin pour les lève-tôt, le midi pour remplacer la pause déjeuner devant l’écran, ou le soir pour les oiseaux de nuit comme moi).

Je me demande encore comme j’ai pu croire que cette méthode allait marcher pour moi qui ne suis PAS DU TOUT du matin. La bonne nouvelle c’est que la méthode d’Hal Elrod marche aussi le soir, vous pouvez enchainer les activités dans l’ordre inverse : sport, lecture, écriture, visualisation, affirmation et méditation vous passerez une :

BONNE NUIT !

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 Illustrations par Eglantine Ceulemans