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Vous avez remarqué cette petite révolution en train de gagner la salle de bain et le placard sous l’évier de la cuisine ?

C’est à force de lire de plus en plus de critiques de l’industrie des cosmétiques et des produits d’entretien que l’idée s’est progressivement ancrée dans les esprits : les produits chimiques c’est le mal. Le gros méchant Unilever nous vend des shampooings et des lessives qui polluent la planète et les tubes de crèmes qui trônent sous le miroir de notre salle de bains sont gavés de produits barbares à base de « benzoate » ou d’« ethyl » de quelque chose. En gros : ça craint.

Alors les marques bio ont commencé à se démocratiser, en proposant des produits moins nocifs pour notre peau et pour l’environnement. Ensuite, on a vu fleurir des blogs prônant la slow cosmétique. Le concept est génial : fabriquer soi-même à base de produits simples et naturels des cosmétiques et des produits d’entretien de meilleure qualité, moins polluants et plus économiques. C’est du win-win-win. Et c’est ainsi que le vinaigre blanc et le bicarbonate de soude, hier seulement connu de nos grand-mères, sont revenus au top de la tendance. Je ne parle même pas des huiles essentielles.

La slow cosmétique n’est pas difficile à mettre en place, c’est davantage un mode de vie qu’une technique complexe, et c’est pour ça que ça séduit. De nombreux tutos expliquent comment fabriquer un shampooing avec de l’huile d’olive ou un bidon de lessive à base de savon de Marseille. Le tout est de disposer de quelques produits de base, d’un peu de matériel et hop ! Si on ne se sent pas capable de jouer au petit chimiste, on peut commencer par adopter les bons comportements pour réduire ses déchets et son impact environnemental. Souvenez-vous, fermer le robinet pendant qu’on se brosse les dents… Aujourd’hui je me rends compte que beaucoup de monde s’y met, à des degrés divers. Parmi mes copines, par exemple, l’une n’utilise plus de cotons démaquillants (mais des lingettes en tissu lavables), une autre a adopté les shampooings secs. Chez mes copains, la slow cosmétique a été (involontairement) adoptée à l’unanimité, vu qu’ils ont tous arrêté la mousse à raser…

Du coup : pourquoi pas moi ?

Eh oui, moi aussi je veux sauver la planète, arrêter de m’étaler du paraben sur les joues et de jeter une tonne de coton par jour (dans la plus petite poubelle de la maison en plus). J’ai donc choisi un défi à ma portée (j’ai arrêté la chimie en 3ème) : fabriquer ma propre lessive. Tremblez, Procter & Gamble, j’arrive avec mon savon de Marseille et ma rape à fromage et je vais vous défoncer la mouille.

J’ai donc cherché une recette de lessive et en ai trouvé une bonne cinquantaine, avec des dosages très différents mais des ingrédients pour ainsi dire identiques : savon de Marseille, bicarbonate de soude, eau. Fastoche. Je prends donc la recette qui me semble la plus simple, avec les quantités les plus faibles pour faire un premier essai. Je rape 40 grammes de savon avec ma rape à fromage (mais détruis tout espoir de la réutiliser dans un futur proche avec de l’Emmental). Je place les copeaux dans un ancien bidon de lessive (contenance recommandée : 3 litres) avec 2 cuillères à soupe de bicarbonate de soude. J’ajoute 2 litres d’eau bouillante et je ferme le bouchon. A ce stade de la recette, ceux qui ont eu des cours de chimie après le collège commencent discrètement à chercher un abri.

 

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Mais je ne m’arrête pas là. Motivée comme jamais par la perspective de sauver les poissons parce que je ne rejetterai bientôt plus de résidus chimiques dégueulasses dans mes canalisations, j’empoigne mon bidon d’un geste héroïque et je le secoue vigoureusement. Mélangez-vous, petits copeaux de savon et divine eau bouillante, formez-moi une jolie lessive écologique que je vais mettre dans de belles bouteilles en verre et que je vais instagrammer comme une malade #fierté !

Oui mais voilà. Après avoir traité mon bidon de lessive comme un shaker pendant à peine 10 secondes, il s’est mis à se contracter tout en faisant des sifflements suspects et de la mousse au niveau du bouchon. Un peu comme s’il avait été possédé par une créature sortie tout droit de Ghostbusters. Je n’avais pas seulement composé une nouvelle formule de lessive révolutionnaire, je lui avais aussi donné vie, ô gloire, je suis un vrai génie (sans bouillir) ? Non, c’était juste le bicarbonate de soude. Le plastique du bidon commençait à se déformer sous l’effet de l’eau bouillante et la réaction chimique l’avait transformé en monstre écumant, qu’il a fallu calmer en dévissant très progressivement le bouchon. Le bidon a frôlé l’explosion, et les murs de la cuisine le relooking extrême.

La créature une fois refroidie a été à nouveau diluée avec un peu d’eau froide, secouée (avec précautions) puis placée dans les bouteilles en verre. Le résultat est… immonde. Il faut quand même admettre que les jolies lessives liquides, sirupeuses, sans grumeaux et avec de jolies couleurs sont un peu plus sexy que… ça.

20170105_150820Mais qu’à cela ne tienne, l’écologie est en route. A l’heure où je vous parle, ma première lessive expérimentale est en train de se terminer, et j’ignore encore si mon linge sera propre, sale ou complètement défoncé. Tout ce que je sais c’est que ça ne mousse pas terrible derrière le hublot. Voyons en direct le résultat : c’est correct. Le linge ne sent pas le propre avec des petits oiseaux qui volent autour de moi comme si j’étendais mon linge dans une pub Cajoline, mais c’est clean, la mission est accomplie.

Mon prochain défi slow cosmétique : un truc sans produits explosifs. La crème anti-ride, ça a l’air bien. J’ai trouvé une recette avec de l’huile d’avocat, de l’huile d’argan et… de l’urée… wtf ?

 

Illustration Emilie Stora